Poster Workshop

The Poster Workshop

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INTRODUCTION

avril 2018

Le "POSTER WORKSHOP" (l'Atelier de confection d'affiches) a été fondé pendant l'été 1968, dans un sous-sol au 61 Camden Road, Camden Town, London N1. Il surfait sur la vague de rébellion qui déferlait sur le monde à cette époque-là, et était inspiré en partie par l'Atelier Populaire de l'École des Beaux-Arts, à Paris, en mai 68.

NAISSANCE du "POSTER WORKSHOP"

Au début de 1968, ayant quitté l'Académie d'Art de Bath, Sam Lord construisit une table à sérigraphie dans la cuisine d'un appartement qu'il partageait au 51 Moorhouse Road, Notting Hill Gate, à Londres. Plusieurs affiches furent imprimées là, certaines avec l'aide de Peter Dukes, diplômé en droit, et Dick Pountain. Sam avait rencontré Peter lors d'une réunion du Service d'Information d'AGIT PROP, qui eut lieu à la maison de John Hoyland à Tufnell Park. Plus tard, en juin, ils ont rencontré Jean-Loup Msika, un Tunisien qui avait été expulsé de France à cause de sa participation avec l'Atelier Populaire et les événements du mois de mai à Paris. (Il fut autorisé à rentrer l'année suivante, à la suite d'une campagne soutenue par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir).

Ensuite Peter a trouvé des nouveaux locaux au 61 Camden Rd, un sous-sol miteux situé sous le salon de coiffure "Marylena". La table d'imprimerie et le matériel furent déplacés. Jean-Loup a donné des affiches de l'Atelier Populaire qui ont été accrochées aux murs de la cage d'escalier pour stimuler l'inspiration et encourager.

Emporté par un grand enthousiasme politique, le "Poster Workshop" a pu s'épanouir presque immédiatement comme source dynamique d'affiches politiques militantes à Londres et au-delà. Sa renommée se répandit principalement par le bouche à oreille.

Toutes sortes de gens venaient là quand ils avaient besoin d'affiches. Des associations HLM du GLC (Greater London Council), qui protestaient contre les fortes hausses du loyer ; des grévistes à l'usine Ford, à Dagenham ; des groupes contre l'Apartheid en Afrique du Sud ; La Lutte pour les Droits Civiques ; des Mouvements de Libération du monde entier ; des groupes contre la guerre au Vietnam ; le mouvement du Black Power (pouvoir noir) ; le Syndicat des Travailleurs Agricoles de Californie ; les Pompiers ; CND (la Campagne pour le désarmement nucléaire) ; International Socialists (l'Internationale Socialiste) ; Jeunes Communistes ; des sociétés de film et de théâtre radicaux ; les Situationnistes ; King Mob, et des nombreuses associations d'étudiants.

LE "POSTER WORKSHOP" ET SES PRINCIPAUX PARTICIPANTS

Sam, Peter et Jean-Loup furent bientôt rejoints par d'autres. Jo Robinson avait travaillé comme scénographe pour le 'Unity Theatre', dans Mornington Crescent, Camden. Ce fut là qu'elle rencontra Ian Purdie, par qui elle prit connaissance du "Poster Workshop". Il y avait aussi un certain nombre d'autres personnes qui ont découvert l'atelier par Ian, dont certains étaient devenus membres du groupe de base. Frederick Egbert Scrivener, (surnommé Scriv), en était un, une autre était Sarah Wilson. Jo et Sarah, comme Sam, avaient fait leurs études aux Beaux-Arts. Sarah était récemment rentrée de séjours en Algérie, à Paris, (en 1967 et 1968), et aussi à Cuba.

Peter gère la relation avec notre propriétaire, ainsi que les finances. Il circule dans Londres pour chercher encre et papier, et il assure le bon fonctionnement de l'atelier. En même temps il participe au travail de l'imprimerie.

Personne n'était payé pour leur travail à l'atelier. La plupart des participants étaient à temps partiel, souvent avec un autre emploi rémunéré, (ménage, enseignement, travail dans des bars). Scriv, par contre, à 70 ans était un retraité et restait là toute la journée. D'autres contributeurs étaient Billy Old, Detta Kelly et Martin Atwood. Ils étaient également diplômés de l'école de l'Académie d'Art de Bath. Il y avait plusieurs autres fidèles engagés, comme Alison Waghorn, et Harry Beck. Harry travaillait dans un pressing en face. Il était intrigué par la vue du nombre de personnes et d'affiches sortant du sous-sol miteux, il était venu s'informer, et nous avait rejoints.

Deux autres habitués étaient Bernard, (dont on n'a jamais su le nom) et Valérie Kemp, (une amie de Sarah des Beaux-Arts). Il y en avait beaucoup d'autres qui nous ont rejoints à des moments différents. Tout le monde donnait un coup de main, participait à l'impression, faisait la chaîne pour passer les affiches une fois imprimées, et les accrocher avec des pinces à linge sur des fils tendus.

DES PRIX ABORDABLES

Les affiches étaient imprimées en sérigraphie, utilisant des techniques rudimentaires très simples.

Les presses d'imprimerie à cette époque étaient chères, il était très coûteux de faire faire des affiches, pour que ce soit rentable il fallait imprimer des milliers d'exemplaires d'une image. Avec la sérigraphie les gens pouvaient tirer seulement 50 ou 100 affiches, s'ils ne souhaitaient que ça. Cependant, la plupart du temps nous faisions des séries de 200 ou plus.

FINANCEMENT DE L'ATELIER

Il n'y avait pas de tarifs fixes pour les affiches. L'idée étant que les groupes payaient ce qu'ils pouvaient. Nos fonds ont été dopés par des dons, et par des spectacles donnés surtout par les groupes de théâtre CAST, et Agit Prop, (bientôt rebaptisé Red Ladder Theatre), dont Peter était membre. L'un de nous se servait de son petit revenu et réglait le loyer chaque semaine. En fait, le choix du système de paiement volontaire faisait que certains groupes, (comme les locataires HLM, ou travailleurs d'usine, par exemple), payaient scrupuleusement, ou même trop généreusement, alors que des moins organisés (telles les associations d'étudiants) étaient plus variables dans leurs contributions. On nous a donné aussi du papier, de l'encre, et d'énormes quantités d'affiches qui ne servaient plus - nous avons imprimé sur la face arrière.

L'ORGANISATION DE L'ATELIER

La plupart des affiches ont été faites à la demande de groupes spécifiques et, à quelques exceptions près, elles ne portaient pas nos propres slogans. En principe, la décision sur une affiche était faite par ceux qui étaient présents. De temps en temps il y avait des réunions plus importantes, mais en général tout s'improvisait sur le moment. Certains ont participé à telles ou telles campagnes plus que d'autres. Scriv, qui était né et élevé dans l'est de Londres, avait créé presque toutes les affiches de grève des locataires GLC. On pouvait le trouver, un mégot à la bouche, les pieds souvent entourés de chiffons inflammables trouvés par terre. Beaucoup de gens fumaient.

Les conditions dans le sous-sol étaient presque insupportables. La plupart des solvants et des produits de nettoyage émettaient des vapeurs toxiques, ainsi que d'autres combustibles. Le sous-sol avait deux petites pièces, et un espace minuscule en bas de l'escalier, avec un tableau d'affichage. Le gros des travaux - dessins, débats, impressions - se passait dans une pièce. Dans l'autre il y avait des fils sur lesquels les affiches étaient accrochées avec des pinces à linge pour sécher. Plus tard, on a fait des grilles. Il y avait une grande ouverture dans le mur de cette pièce, où il y avait autrefois une fenêtre, mais elle était maintenant ouverte à tous vents. Il n'y avait pas de chauffage et en hiver nous mettions plusieurs pull-overs pour faire face au froid et parfois même il y avait des glaçons accrochés sur les fils. L'été pouvait être étouffant, mais Scriv, en tant que vrai Cockney, portait toujours gilet, cravate et chapeau.

"L'ÉQUIPE DE RÉPONSE EN URGENCE"

Nous pouvions si nécessaire répondre très rapidement à une demande d'affiches. Le cas le plus extrême fut probablement celui d'une grève à Fords, Dagenham. Le vote de la grève a été pris lors d'une réunion à 22 h, et les délégués nous ont appelé dans le bar d'en face, où nous attendions leur appel. (Pas de portables à cette époque). Ils avaient besoin d'affiches pour mettre autour de l'usine avant l'arrivée de l'équipe de 6 h du matin. Nous avons travaillé toute la nuit, pour créer le dessin, réaliser l'impression, et enfin assurer le séchage des affiches avec un sèche-cheveux, avant de rouler à Dagenham avant l'aube, à temps pour les remettre aux délégués.

ATELIERS MOBILES

Puisque l'impression de sérigraphie ne comporte pas de presse ou d'équipement coûteux, nous pouvions aussi installer des ateliers extérieurs lorsqu'on nous le demandait et si cela était souhaité nous pouvions enseigner aux personnes sur place comment faire leurs propres affiches.

Le premier atelier mobile a été installé dans le réfectoire de la LSE, (London School of Economics), par Sam Lord et Pete Binns, bientôt rejoints par Peter Dukes, Jo et Sarah. La LSE avait été occupée par les étudiants avant la très grande manifestation contre la guerre au Vietnam, qui avait eu lieu le 27 octobre 1968. L'ambiance était vive et dynamique. L'atelier était responsable pour quelques affiches et pancartes inoubliables créées pour la manifestation. Il a aussi répondu à un débat à la Chambre des Députés, avec "We are all Foreign Scum", (Nous sommes tous de sales étrangers), ainsi que "Vote for Guy Fawkes The Only Man to Enter Parliament with Honest Intentions", (Votez pour Guy Fawkes, le seul homme à se présenter au Parlement avec des intentions honnêtes;​ il a voulu faire sauter l'établissement avec des explosifs lors des guerres de religion en 1605. À ce jour, chaque année, le 5 novembre on commémore le "Guy Fawkes Day"​).

En février enneigé de 1969, Peter, Sam et Jo sont montés à l'Université d'Essex. Leur but était de montrer aux élèves les plus militants comment faire de la sérigraphie.

En Irlande du Nord, en août 1969, nous avons installé des ateliers au cœur des enclaves à 'Free Belfast' et 'Free Derry', ceci à la demande du People's Democracy (P.D. luttait pour les droits civiques en Irlande du Nord.) Ces zones avaient été barricadées par les Républicains et les groupes de citoyens, suite aux attaques contre les quartiers catholiques par les Protestants Loyalistes, et les forces "B Speciales", (paramilitaires brutaux) ; à la suite de ces évènements l'armée britannique s'était installée dans les rues.

La demande pour des affiches était énorme. Il y avait une urgence et de l'énergie. Les demandes pour des affiches nouvelles étaient constantes, avec des files d'attente pour les prochains lots. Tout ce qui était produit était affiché tout de suite.

De même en Irlande, la Land League à Galway, (​organisation politique pour protéger les droits des métayers, fondée en 1879)​, souhaitait des affiches pour une campagne luttant contre la vente de bonnes terres agricoles en vue d'installer des terrains de golf. Nous les avons créés sur une île au Lac Corrib, où les auteurs dramatiques John Arden et Margaretta D'Arcy vivaient, avec leurs quatre garçons. Les affiches ont été imprimées sur une table en plein air et accrochées pour sécher sur des fils tendus entre les arbres. La Land League était très mystérieuse autour de leur identité, (ils étaient plutôt Républicains à cette époque). Lorsque les affiches furent prêtes, deux hommes sont arrivés sur l'île en bateau à rames, ont pris les affiches et tout ce qui avait trait à celles-ci, et ont disparu dans la nuit.

Cependant, plus de 90 % des affiches ont été conçues et imprimées dans l'atelier du sous-sol à Camden Town. Environ 210 affiches différentes ont été faites, ce qui donne un montant global de plus de 50,000.

L'atelier a continué jusqu'en 1971. À cette époque, des petites presses d'impression offset lithographie, étaient devenues disponibles et relativement peu coûteuses. Un certain nombre d'organisations telles que Black Dwarf, et International Socialists, en avait acheté et pouvaient faire des affiches pour des tarifs plus abordables - bien que rien ne pouvait être comparé au tarif plutôt bas et même parfois égal à zéro du "Poster Workshop".

Le "Poster Workshop" a existé à un moment exceptionnel. Il était porté par l'énergie produite par la conviction que des changements énormes étaient possibles - qui en effet avait déjà eu lieu dans le monde entier, grâce à des mouvements croissants pour l'égalité, les droits civiques, la justice, la liberté, la démocratie et la révolution. Les affiches créées pendant cette période montrent l'extraordinaire diversité de ceux qui étaient venus à l'atelier. L'atelier était un microcosme de ce qui se passait au niveau national et international. Il était l'expression de cette époque - chargée d'enthousiasme, d'envie de changement et d'espoir.

Plus récemment un nombre croissant de personnes s'intéressent aux affiches faites à la main, et partagent leurs passions sur Internet et les médias sociaux aussi bien pour ces images que pour le message qu'elles représentent dans cette prise de conscience contre les guerres et les injustices d'aujourd'hui.

LA LUTTE CONTINUE mars 2018

HISTOIRE DU SITE WEB

Après la clôture de l'atelier en 1971 les gens se sont perdus de vue petit à petit. Cependant, Sam Lord et Peter Dukes sont restés amis, ainsi que Jo Robinson et Sarah Wilson. En 1995 Sarah a réussi à retrouver Peter, et a photographié toute sa collection de plus de 200 affiches. (Et perdu le contact de nouveau lorsque Peter a déménagé).

En 2008, Jo et Sarah ont visité deux expositions d'affiches militantes commémorant le 40e anniversaire de 1968. Elles ont été choquées de découvrir qu'il n'y avait aucune trace du "Poster Workshop", il semblait être tombé dans l'oubli. Pour remédier à cela elles ont créé ce site, (fait en 2009 par un ancien camarade à Pennine Pens, Hebden Bridge, Yorkshire). Cela a rétabli la juste place dans l'histoire du "Poster Workshop".

Beaucoup de choses ont suivi. Nous avons reçu des demandes pour introduire des affiches du "Poster Workshop" dans plusieurs expositions en 2018, marquant le 50e anniversaire de 1968. Ce sont la Tate Britain, (7 mai -21 oct) ; le Musée de Street Art à Bruxelles, ( 8 mai- oct) ; le Musée Polin à Varsovie ; et Sciences Po, à Paris. Un excellent article par Steve Rose a été publié dans le journal The Guardian en mars 2011, qui a attiré l'attention des lecteurs sur l'existence du "Poster Workshop" et sur notre site Web ; il y a eu un autre article en ligne dans le journal El Pais en Espagne ; et nous avons été inséré dans le catalogue d'une exposition à Ballarat, Australie.

On a donné des interviews pour des thèses de doctorat, y compris avec Catherine Flood, conservatrice des tirages au musée Victoria et Albert, à Londres, et Jess Baines, maître de conférence à la London College of Communications.

Peter et Sam se sont retrouvé avec Jo et Sarah. Ils ont donc formé le groupe de quatre, base pour préparer le 50e anniversaire de 1968. Peter a, par miracle, entretenu la seule série d'affiches originales, environ 200 ou plus, sans quoi aucune de ces choses n'aurait pu voir le jour, et le "Poster Workshop" aurait probablement sombré dans l'oubli. Sam Lord a produit un livre magnifique avec toutes les affiches, aidé par Jo Robinson, Sarah Wilson et Peter Dukes. Celui-ci a été publié par la maison d'édition Four Corners, sortie fin avril 2018.

Au printemps 2017 Michael Lellouche a passé trois jours à Londres pour nous interviewer et filmer. C'est un cinéaste français, il est aussi le conservateur de l'exposition du musée de Bruxelles, et il a sorti un livre et un film en relation avec son exposition. Michael collectionne des affiches militantes depuis 25 ans. Il a une connaissance approfondie en ce domaine et possède environ 1500 affiches militantes du monde entier. Il avait observé que nous étions un des plus importants et prolifiques, ateliers de longue durée à cette époque ; l'Atelier Populaire à Paris a continué pendant 50 jours, (jusqu'à ce que la police intervienne et le ferme) ; Berkeley a duré 30 jours. "Poster Workshop" lui a duré 3 ans.

Avril 2018

Site réalisé par Chris Ratcliffe de Pennine Pens, Hebden Bridge, Yorkshire, Royaume-Uni. Traduction faite par Martine Glon, Sarah Wilson et Vivian Gladwell

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